Des rives de l’étang de Thau aux schistes des premiers contreforts, le vignoble commence là où s’arrête le jardin. Cinq noms suffisent pour s’y retrouver, et une seule règle pour en profiter : prendre son temps.
Picpoul de Pinet, le blanc de la lagune
Entre Agde, Pézenas et l’étang de Thau, six communes cultivent un cépage, et un seul : le piquepoul blanc. Pinet, Pomérols, Florensac, Castelnau-de-Guers, Montagnac et Mèze composent l’aire du Picpoul de Pinet, appellation à part entière depuis 2013, après avoir longtemps figuré sous la bannière des Coteaux du Languedoc.
Le vin est blanc, toujours. Robe or pâle, vivacité, notes d’agrumes et de fleurs blanches : la lagune tempère la chaleur et lui garde sa fraîcheur. On le boit jeune, et presque toujours avec ce que l’étang produit de mieux. L’accord des huîtres de Thau et du picpoul est un classique de l’Hérault ; il n’a rien perdu de son évidence.
Le paysage mérite à lui seul le détour : garrigue et pinèdes au nord, plateaux qui descendent doucement vers l’eau au sud, et la voie Domitienne, l’ancienne route romaine, qui traverse le vignoble de part en part.
Faugères, l’appellation du schiste
Au nord de Béziers, sept villages se partagent l’appellation Faugères : Autignac, Cabrerolles, Caussiniojouls, Faugères, Fos, Laurens et Roquessels. Leur point commun tient dans le sol, un schiste très ancien et homogène, sans équivalent en Languedoc à l’échelle d’une appellation entière. Les vignes épousent les courbes du relief, en terrasses étagées jusqu’à plusieurs centaines de mètres d’altitude.
Les rouges et les rosés sont reconnus en appellation d’origine depuis 1982, les blancs depuis 2005. Les premiers ont de la profondeur et des tanins soyeux ; les seconds, une minéralité nette. Le même terroir donne une eau-de-vie, la Fine de Faugères.
Pour la vue, montez aux moulins de Faugères. Trois tours du XVIe siècle couronnent la colline ; l’une a retrouvé son mécanisme et ses meules. De là-haut, le regard file au-dessus des vignes jusqu’à la mer.
Saint-Chinian, deux terroirs et une rivière
Vingt communes, une ligne en diagonale et deux paysages : au nord-ouest, les schistes, les pentes raides et les terrasses ; au sud-est, les argiles et les calcaires, aux reliefs plus doux. L’appellation Saint-Chinian, reconnue en 1982, joue de ce contraste. Depuis 2005, deux dénominations, Berlou et Roquebrun, distinguent des rouges nés sur le schiste.
Roquebrun est une étape à part. Accroché au coteau dans un méandre de l’Orb, le village jouit d’un microclimat qui lui vaut le surnom de « petit Nice de l’Hérault ». Son jardin méditerranéen en tire parti, avec ses mimosas, ses cactées et ses plantes grasses en terrasses. Ici, une descente de l’Orb en canoë compte autant qu’une dégustation.
La Villa Joy, près de Murviel-lès-Béziers, vit à deux pas de la même rivière : il suffit d’en remonter le cours pour gagner les schistes.
Pézenas, un rouge né des volcans
Autour de Pézenas, quinze communes produisent le Languedoc-Pézenas, dénomination de l’appellation Languedoc reconnue en 2007 et réservée aux rouges. Son sol raconte une histoire volcanique : des basaltes issus d’anciennes coulées de lave, mêlés de galets roulés, de schistes, de calcaires et de grès. Il en naît des rouges de caractère, à découvrir chez les vignerons de la ville et des villages alentour.
C’est aussi là que se trouve le Domaine Sainte-Cécile du Parc, demeure entourée de ses vignes aux portes de Pézenas. Séjourner au cœur d’un domaine, c’est voir le vignoble changer au fil des heures, du premier café sur la terrasse au dernier verre à la tombée du jour.
Languedoc, l’appellation qui relie tout
Le Languedoc est l’appellation régionale qui chapeaute l’ensemble. Née en 2007 pour succéder aux Coteaux du Languedoc, elle couvre rouges, rosés et blancs, et se précise par des dénominations géographiques, dont Pézenas.
Autour de Béziers, deux indications géographiques protégées complètent le tableau. Les Côtes de Thongue occupent le triangle dessiné par Faugères, Pézenas et Béziers. Les Coteaux d’Ensérune, à l’ouest de Béziers, tirent leur nom de l’oppidum qui domine l’ancien étang de Montady et le canal du Midi. Leurs règles laissent plus de liberté dans le choix des cépages : on y fait parfois de belles surprises.
Déguster sur place, avec élégance
La plupart des domaines sont des maisons familiales ; une visite se prépare comme une invitation. Quelques principes rendent la journée plus belle.
- Annoncez votre venue, surtout pendant les vendanges, d’août à octobre, quand chaque bras compte au chai.
- En été, préférez le matin : les caves sont fraîches et les vignerons plus disponibles.
- Marchez d’un domaine à l’autre. Les Œnorandos®, itinéraires de randonnée labellisés par la Fédération française de randonnée pédestre, relient vignes et villages, notamment autour de Faugères et de Saint-Chinian.
- À la saison des vendanges, certains vignerons indépendants invitent à devenir « vendangeur d’un jour » : cueillette, pressoir, puis dégustation.
Pour une première étape, une adresse que nous avons testée et que nous aimons recommander : le Château Saint-Pierre de Serjac, à Puissalicon, entre Béziers et Pézenas. Ses vins, issus des vignes du domaine, sont vinifiés par les Vignobles Bonfils, famille de vignerons depuis six générations, et se goûtent sur place, au caveau, où l’on peut aussi les acheter. Le restaurant, sur réservation, et le spa du château accueillent également les visiteurs : de quoi composer une journée entière au milieu des vignes.
Reste la question du retour. Notre conciergerie met à votre disposition un chauffeur pour la journée, et peut organiser une soirée privée dans une cave. Une attention d’accueil, choisie pour chaque séjour, vous attend à la villa ; les bouteilles rapportées du domaine prolongeront la dégustation au bord de la piscine.